5 octobre 2021

Marion Gornet, directrice générale de l’équipe Projets de MB92 La Ciotat

Forte de son expérience de skippeuse professionnelle et de capitaine de yacht, et aussi de plus de 10 ans passés chez MB92 La Ciotat, Marion Gornet, directrice générale de l’équipe Projets, sait ce que diriger veut dire. Nous l’avons rencontrée pour partager avec elle ses réflexions sur le secteur, sur ce qui a changé au fil des années, et les conseils qu’elle a pour celles et ceux qui cherchent à faire carrière dans ce secteur.

Qui ou qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager dans cette carrière et à arriver là où vous en êtes aujourd’hui ?

J’ai grandi au bord d’un fleuve dans une péniche près de Paris, ce qui m’a conduit tout naturellement à la mer ! À 18 ans, j’ai déménagé en Bretagne pour vivre ma passion de la voile et je suis d’abord devenue skippeuse professionnelle.

J’ai travaillé à bord de plusieurs voiliers de 20 à 40 mètres et j’ai fait le tour du monde, sauf le Pacifique malheureusement (ma prochaine escale, j’espère, quand on sera sortis de la pandémie !). Mes premières années en tant que capitaine, j’ai travaillé pour des propriétaires privés américains pour qui l’égalité des sexes n’était pas un sujet, ils avaient juste besoin de la bonne personne pour le poste.

En plus de me permettre de poursuivre mes études, qui aboutissaient au brevet de capitaine 3000 UMS, cette opportunité m’a permis de me forger une solide réputation de capitaine.

Après 10 ans de voyage, j’ai voulu me poser, j’ai donc rejoint Compositeworks en 2007 en tant que cheffe de projet, ce qui était parfait car cela me permettait de faire ce que je faisais en tant que capitaine, mais à terre.

 

Que préférez-vous dans votre travail?

Le challenge ! Chaque jour apporte un nouveau défi, une solution à trouver, un plan à respecter, une équipe dont il faut maintenir la bonne humeur et l’efficacité. J’aime particulièrement ce côté humain de mon métier ; sélectionner l’équipe et faire travailler tout le monde ensemble pour que le projet avance le mieux possible.

 

Comment définiriez-vous l’excellence ?

En gestion de projet, il faut avoir plusieurs qualités pour obtenir d’excellents résultats pour le client. Le plus important est le souci du détail. Le diable se cache dans les détails ! Mais pour contrebalancer, il faut aussi avoir une vision holistique du projet et rester calme lorsque les choses deviennent stressantes.

le propos étant de défendre la place des femmes, j’insiste en précisant « celles ».

Être une femme dans une industrie autant dominée par les hommes a-t-il été un obstacle dans votre carrière ?

La voile est un petit monde, donc la réussite dépend plus de votre expérience et de vos références que de votre genre. Cependant, quand nous arrivions dans un port, les gens (y compris les femmes) pensaient toujours que j’étais la cheffe stewardess ou la cheffe cuisinière !

Il y a 10 ans, j’étais la première et unique femme cheffe de projet à La Ciotat, mais maintenant je ne suis plus la seule. Dans notre équipe Projets, de nombreux postes-clés sont occupés par des femmes, notamment la coordinatrice générale de l’équipe, la responsable du soutien aux projets et la responsable du suivi des contrats. Cette tendance touche également le domaine de la production. À La Ciotat par exemple, nous voyons plus de femmes occuper des postes de production comme les mécaniciennes, les lamineuses et les menuisières, ce qui est vraiment encourageant. En fait, les choses changent dans notre secteur, mais lentement, non pas à cause du sexisme mais simplement parce qu’il y a très peu de femmes candidates.

 

En tant que femme cheffe de projet senior, avez-vous le sentiment d’avoir une pression supplémentaire sur les épaules ?

Au début, les clients pouvaient se montrer assez surpris d’avoir une femme cheffe de projet mais c’est de moins en moins perceptible de nos jours. Marie Hercelin, Charlotte Dimet et moi-même avons été chargées de gérer plusieurs clients propriétaires de yachts de plus de 100 mètres. Ils nous réclament maintenant quand ils reviennent sur le chantier naval. Pas parce que nous sommes des femmes, j’imagine. C’est d’abord et avant tout une question de personnalité. Je pense que lorsque vous êtes à l’aise et confiant dans vos capacités, les clients le ressentent. Ils vous font donc confiance de la même manière qu’ils le feraient pour n’importe quel homme chef de projet senior.

Dans une certaine mesure, je ressens une pression évidente en tant que femme. C’est une réalité pour les femmes : lorsqu’on arrive dans un milieu masculin, on est scrutées plus que les autres (en partie parce qu’on nous trouve « décoratives »…) mais ça passe vite. Dans notre secteur, vous devez être très travailleur et, tout aussi important, vous devez avoir un bon sens de l’humour.

En fait, les gens pensent que j’ai un niveau surprenant d’ambition pour une femme, ce qui n’a fait que renforcer ma détermination à arriver là où je voulais aller. Être déterminé est essentiel, et c’est de toute façon une qualité importante pour un chef de projet.

Nous devons communiquer davantage sur les femmes au sein du secteur, pas seulement une fois par an lors de la Journée internationale des femmes ! Écouter ou lire des histoires de femmes qui parlent de leur profession, de leur expérience et de leur expertise ouvre les esprits

Quels progrès (s’il y en a) constatez-vous dans le secteur ?

Oui, il y a 100% de progrès dans le domaine des superyachts. Je vois de plus en plus de femmes ingénieures en chef et commandantes en second, et aussi de plus en plus de femmes chez MB92.

Je sens également un vrai changement de comportement de la part des gars qui vont toujours vous tester un peu au début. Mais on a beaucoup de chance dans notre entreprise car il y a tellement de nationalités et de cultures différentes que cela rend plus sensible aux questions de diversité.

 

Avez-vous un message ou un conseil pour celles et ceux qui voudraient suivre vos traces dans le secteur du refit ?

C’est extrêmement difficile de progresser sans références mais si vous avez les aptitudes, les gens apprécieront ce que vous faites, et les choses se feront naturellement. Pour réussir dans l’industrie du refit, il faut être déterminé, flexible, avoir un bon sens de l’humour et partir naviguer autant que possible. Le temps passé à bord fait une grande différence. La force des personnes ici est que la plupart des cadres de l’entreprise ont été des navigateurs, ils comprennent donc ce que traversent les capitaines et à quoi ressemble leur vie. Les anciens marins font des chefs de projet particulièrement bons.

 

À votre avis que faut-il faire de plus sur le lieu de travail ou plus largement dans le secteur ?

Nous devons davantage communiquer sur les femmes dans l’industrie, pas seulement une fois par an à l’occasion de la Journée internationale des femmes ! Écouter ou lire des histoires de femmes qui parlent de leur profession, de leur expérience et de leur expertise ouvre les esprits. Il faut aussi former les jeunes femmes et les encourager à se lancer dans les métiers de notre industrie car la richesse vient de la diversité.

 

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