Vous les croisez le long du port. Polos impeccables. Baskets blanches. Uniformes soignés. Parfois un short ajusté, parfois une jupe parfaitement repassée. Toujours en mouvement, entre le yacht, le quai et la prochaine mission. On entend l’anglais, le français, l’espagnol, le néerlandais, des accents australiens qui se mêlent au bruit de fond du chantier naval. On les remarque à La Ciotat pendant la saison. Mais qui sont-ils vraiment ? Qu’est-ce qui les a menés ici ? À quoi ressemble réellement la vie lorsque son lieu de travail devient aussi sa maison ?
On associe souvent le yachting aux destinations de rêve, au luxe et aux expériences extraordinaires. Pourtant, derrière chaque yacht existe une autre réalité, bien moins visible. Celle vécue par les femmes et les hommes qui travaillent à bord.
À l’occasion de la Journée mondiale du nautisme le 23 Mai, MB92 La Ciotat a rencontré quatre membres d’équipage aux rôles, parcours et horizons différents, actuellement à bord de yachts présents dans notre chantier à La Ciotat.
Une intendante de bord. Un matelot. Un chef du département intérieur. Un majordome.
Des métiers différents, des personnalités différentes, des chemins d’accès au secteur très variés. Pourtant, au fil des échanges, les mêmes thèmes sont revenus : adaptabilité, longues journées, routines partagées, sacrifices… et un sentiment d’appartenance parfois inattendu.
Car lorsque son lieu de travail devient aussi sa maison, les collègues cessent rarement d’être seulement des collègues. Avec le temps, ils deviennent autre chose.
La vie à bord ne s’arrête pas lorsque la journée de travail se termine. Il n’y a ni trajet retour, ni réelle séparation entre vie professionnelle et vie personnelle, ni véritable moment de déconnexion.
Les équipages travaillent ensemble, mangent ensemble, voyagent ensemble et traversent les périodes d’activité intense côte à côte. Cette proximité crée un environnement unique, fondé sur la confiance, l’adaptabilité et les expériences partagées.
Pour Sammy, intendante à bord d’un yacht de plus de 115 mètres, son rôle reflète parfaitement cette réalité. Gestion financière, paie, logistique équipage, voyages, itinéraires invités… elle résume sa fonction comme étant « un peu de tout ». Parfois, plaisante-t-elle, cela revient même à devenir « la maman de l’équipage ».
Pour Bradley, majordome à bord d’un yacht de plus de 90 mètres, l’aspect le plus marquant de ce mode de vie n’est pas forcément les destinations ou l’environnement luxueux, mais bien la dynamique humaine à bord. « Cela devient votre famille, vos amis, votre système de soutien. »
Repas partagés, soirées cinéma, séances de sport, routines, blagues internes et moments du quotidien façonnent peu à peu quelque chose de plus profond qu’une simple équipe professionnelle. Une petite communauté en mer.
Vu de l’extérieur, le yachting peut ressembler à un enchaînement permanent de voyages et de journées ensoleillées. Ceux qui travaillent à bord savent que la réalité est plus nuancée. Derrière l’image soignée se cache un univers fait d’organisation, de responsabilités, de pression et de longues journées opérationnelles.
« Les gens pensent que nous sommes toujours en vacances, mais la réalité, c’est qu’on peut travailler 15 heures par jour », explique Sammy.
À seulement 19 ans, Hugo, matelot à bord, a rapidement découvert cette réalité en entrant dans l’industrie. Selon la saison et les périodes d’exploitation, ses journées peuvent mêler maintenance, évènements des invités, travail physique et préparation chantier. « Les gens ne réalisent pas tout le travail qui se déroule en coulisses. »
Pour G, Chef du département intérieur à bord, avoir toujours un temps d’avance fait simplement partie du métier. Gestion des opérations intérieures, expérience invités, coordination équipage, itinéraires propriétaires… son rôle exige une anticipation et une capacité d’adaptation permanentes. « Il se passe toujours quelque chose. Il faut rester en avance sur tout. » Et même si les équipages sont entourés de monde au quotidien, la vie à bord peut aussi comporter des moments d’isolement, paradoxalement : « On est entouré de gens en permanence, mais parfois cela peut malgré tout être solitaire. » Ce mode de vie offre des expériences extraordinaires. Mais il exige aussi une vraie résilience.
Malgré les défis, toutes les conversations revenaient à la même idée : le lien humain. La vie d’équipage crée des relations rares dans les environnements professionnels traditionnels. Travailler et vivre dans des équipes multiculturelles, partager des espaces limités, des rythmes intenses et des expériences uniques accélère naturellement les relations humaines. On apprend vite à s’adapter. À faire confiance. À se soutenir. Pour certains, cela signifie découvrir de nouvelles cultures et développer une plus grande ouverture d’esprit. Pour d’autres, trouver un sentiment d’appartenance là où ils ne l’attendaient pas. À travers plus de 20, 35, voire 60 pays découverts grâce au yachting, une chose est restée constante pour les membres d’équipage rencontrés : l’humain. Car au-delà des yachts, des destinations et de la complexité opérationnelle, la vie à bord est avant tout profondément humaine. Exigeante. Intense. Enrichissante.
Et parfois… très proche d’une famille.
Quatre histoires. Quatre métiers. Quatre regards sur la vie à bord.
« Les gens voient les destinations, mais derrière la fluidité de la vie à bord se cache toute une organisation. »
Originaire d’Australie et aujourd’hui basée à Barcelone, Sammy, 28 ans, a déjà visité une trentaine de pays grâce à sa carrière dans le yachting. Avant d’intégrer l’industrie, elle a travaillé plusieurs années dans la vente technologique, avant de choisir un mode de vie différent, tourné vers le voyage, les rencontres et les nouvelles expériences.
Aujourd’hui, Sammy travaille comme intendante de bord, un rôle qu’elle résume simplement comme étant « un peu de tout ». De la finance à la paie, en passant par la logistique équipage, les itinéraires invités, le recrutement et l’assistance directe au capitaine, son poste se situe au cœur des opérations quotidiennes du yacht.
« Vous êtes à la fois responsable finance, RH, coordinatrice voyages… et parfois même la maman de l’équipage », plaisante-t-elle.
Ce qu’elle apprécie le plus, c’est la diversité et l’imprévisibilité du métier. Aucune journée ne se ressemble, particulièrement durant les périodes d’activité intense où les longues heures deviennent rapidement la norme. Derrière l’image soignée souvent associée au yachting, Sammy souligne le niveau d’organisation et de responsabilité nécessaire pour faire fonctionner la vie à bord sans accroc. En parallèle, la vie d’équipage crée des liens particulièrement forts : « On vit ensemble, on travaille ensemble, on mange ensemble… cela devient comme une petite famille. ». Soirées cinéma, jeux, routines partagées et blagues internes rythment un quotidien intense, mais profondément collectif. Comme beaucoup de membres d’équipage, Sammy reconnaît néanmoins que le plus difficile reste l’éloignement et le fait de manquer certains moments importants avec sa famille et ses amis.
« Les gens pensent que nous sommes toujours en vacances, mais la réalité, c’est qu’on peut travailler 15 heures par jour. » Malgré ces sacrifices, elle décrit le yachting comme une carrière exceptionnelle, qui lui a permis d’évoluer personnellement tout en découvrant le monde. Elle bénéficie également d’un contrat en rotation, avec deux mois embarquée suivis de deux mois de repos.
Lors de son passage à La Ciotat, Sammy a particulièrement apprécié l’atmosphère paisible de la ville, son sentiment de sécurité ainsi que son accès facile à la nature et aux sentiers de randonnée. Après 35 pays découverts grâce au yachting, elle affirme que ce mode de vie a profondément changé sa manière de voir le monde.
« On travaille tout le temps, mais on vit aussi des expériences que la plupart des gens ne verront jamais. »
À 19 ans, Hugo, matelot français, qui parle un anglais parfait, a choisi une voie différente de celle qu’on attendait traditionnellement de lui. Plutôt qu’une école de commerce, il recherchait l’aventure, le voyage et une expérience de vie hors du commun. « Je voulais quelque chose de moins ordinaire. »
Après avoir décroché son premier poste à bord en seulement un mois, Hugo a rapidement découvert la réalité de la vie en mer. Selon que le yacht soit en navigation, à quai ou en chantier, ses journées peuvent être rythmées par la maintenance, les opérations invités ou encore le travail physique aux côtés des prestataires préparant le yacht pour la saison.
« Les gens ne réalisent pas tout le travail qui se déroule en coulisses. » Les longues journées font partie du quotidien, tout comme la forte cohésion entre les membres d’équipage. Après le travail, l’équipage se retrouve souvent pour décompresser, que ce soit autour d’un film, de jeux ou d’une séance de sport à bord. Pour Hugo, la plus grande récompense reste l’opportunité de voyager et de découvrir des endroits que la plupart des gens ne voient qu’à travers un écran. Mais en parallèle, l’éloignement de la famille et le fait de manquer certains moments importants à la maison peuvent être difficiles à vivre. « Il n’y a plus vraiment de routine. C’est probablement ce qui me manque le plus. » Lors de son passage à La Ciotat, Hugo a particulièrement apprécié l’atmosphère paisible de la ville, la nature et les sentiers de randonnée, un contraste bienvenu avec l’intensité de la vie à bord. À seulement 19 ans, le yachting a déjà permis à Hugo de découvrir une vingtaine de pays, bien au-delà de ce qu’il imaginait lorsqu’il a débuté cette aventure.
« On apprend très vite à s’adapter aux personnes, aux cultures et aux situations. »
Originaire des Pays-Bas et aujourd’hui basé en Espagne, G a découvert le yachting après avoir travaillé dans l’univers des cosmétiques et de l’hôtellerie de luxe. Ce qui avait commencé par simple curiosité est rapidement devenu une carrière qui l’a déjà conduit dans plus de 60 pays à travers le monde. Aujourd’hui, en tant que Chef du département intérieur, il supervise l’ensemble des opérations intérieures du yacht, de la coordination des équipes à l’expérience invités, en passant par l’organisation des périodes de chantier et la gestion des itinéraires propriétaires. « Il se passe toujours quelque chose. Il faut toujours avoir un temps d’avance sur tout. »
Travailler et vivre à bord au sein d’équipages multinationaux l’a également profondément façonné sur le plan personnel. « On devient beaucoup plus ouvert d’esprit. » S’il apprécie les opportunités de voyage et le mode de vie international qu’offre le secteur, il reconnaît que le métier implique aussi des sacrifices, notamment l’absence lors d’événements familiaux et de moments importants à la maison. « On est entouré de monde en permanence, mais parfois cela peut malgré tout être solitaire. » Lors de son séjour à La Ciotat, il a particulièrement apprécié le mode de vie tourné vers l’extérieur et l’atmosphère détendue de la ville entre deux périodes d’activité intense. Après plus de 60 pays découverts grâce au yachting, G affirme que cette industrie lui a autant appris sur les personnes et les cultures que sur le voyage lui-même.
« J’ai sincèrement l’impression d’avoir trouvé ma place. »
Originaire du Royaume-Uni, Bradley, 29 ans, a rejoint le secteur du yachting après plusieurs années passées dans l’hôtellerie et au service de résidences privées en Angleterre. Ayant le sentiment d’avoir atteint le plus haut niveau possible dans cet univers, il s’est mis à la recherche de quelque chose de plus ambitieux et a trouvé dans le yachting ce qu’il décrit comme l’expression ultime de l’hospitalité.
Aujourd’hui, en tant que majordome, son rôle est centré sur l’expérience invités, du service à l’organisation, en passant par les vins, spiritueux et cocktails.
« J’aime créer une atmosphère et faire en sorte que les gens se sentent à l’aise. »
Au fil des années, ce métier lui a également permis d’accéder à des expériences que peu de personnes ont l’occasion de vivre de près. En riant, il se souvient notamment d’une soirée durant laquelle il a réglé une facture de plus de 210 000 € en nourriture et en vins pour les invités. « Il y a des moments où l’on s’arrête et où l’on se dit… c’est complètement fou. » Mais au-delà du côté luxueux de l’industrie, ce dont Bradley parle le plus reste la vie à bord elle-même. Vivre, travailler et voyager avec les mêmes personnes crée un environnement unique, devenu aujourd’hui sa normalité. « On apprend vite à s’adapter à la vie avec autant de personnes à bord. Cela devient votre famille, vos amis, votre système de soutien. »
Pour lui, ce sentiment d’appartenance est ce qui rend ce mode de vie si particulier. Malgré les longues journées et les sacrifices, il explique se sentir profondément épanoui dans l’industrie et accorde une grande valeur à la confiance partagée entre les membres d’équipage. « On dépend constamment les uns des autres. » Il évoque aussi avec humour les petites réalités du quotidien à bord, entre la tentation d’éviter le placard à snacks du yacht et la découverte de nouveaux parcours de course à pied à chaque nouvelle destination. Lors de son passage à La Ciotat, Bradley a particulièrement apprécié l’ambiance autour du port ainsi que le mode de vie détendu en bord de mer. Il bénéficie également d’un contrat en rotation, avec deux mois embarqué suivis de deux mois de repos. Après quatre années dans le yachting, Bradley a déjà découvert une trentaine de pays et affirme avoir encore le sentiment de ne faire que commencer son aventure.